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AVANT-PROPOS
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« Mon projet n'a pas pour but de légiférer sur les nouvelles formes de sociétés, mais de promouvoir la conscience de l'entreprise. »
Pierre SEGELLE
(1899-1960, député-maire d'Orléans et Ministre du Travail en 1949).
(Rapport devant la sous-commission pour l'étude de la réforme de l'entreprise au Conseil Economique, 15 février 1949.)
L'Institut Technique des Salaires fut fondé par trois personnes unies dans une totale et durable amitié : Jacques Dubois, André Boyer et Milka Lodetti-Boyer, sa femme. Jacques Dubois avait été solidement formé dans une Ecole Normale d'Instituteurs, André Boyer était licencié d'Histoire et de Géographie et Milka Lodetti agrégée de Philosophie. Elle fut tout naturellement, dans cette équipe, « le maître à penser ». Mais, elle fut plus encore car elle collabora effectivement aux travaux d'études et de réalisations de l'Institut Technique des Salaires et c'est à elle que l'on doit toute la collection des revues « Producteurs ».
En prenant, avec l'approbation de Raymond Aron, comme sujet de thèse de doctorat de philosophie « La conscience de l'entreprise » Milka Lodetti a voulu témoigner, dans l'univers des philosophes, d'une expérience vécue dans le monde économique.
Milka Lodetti est disparue en février 1969, quelques mois avant la soutenance de sa thèse en Faculté des Lettres de Paris.
Aussi, Jacques Dubois et André Boyer ont-ils voulu, en publiant cette œuvre, à la fois rendre hommage à un penseur de haute valeur et communiquer au public des idées fondamentales pour l'action.
[p. 8] Dans un manuscrit retrouvé et daté du 29-12-1964, voici comment Milka Lodetti exposait elle-même sa pensée sur la « conscience de l'entreprise ».
« La conscience privée de l'entreprise, qui est la conscience de l'acte d'entreprendre, non seulement est à l'origine des entreprises existantes et de toute la civilisation industrielle mais elle est le soutien et le moteur de cette civilisation. Là même où l'on pensait l'avoir éliminée, on y revient.
» Et il se peut que les entreprises et les systèmes économiques où n'existe pas cette conscience privée de l'entreprise soient soutenus par ceux où elle existe.
» Plus généralement, la recherche du profit personnel ne semble pas pouvoir être éliminée de la civilisation industrielle sans la détruire.
» Ce profit est recherché non seulement par celui qui entreprend, isolé ou associé à d'autres, mais par tous ceux qui, dans une entreprise, participent à la production.
» Et, précisément, si l'on en est venu à vouloir supprimer cette forme individualiste de l'activité économique au profit de formes réputées plus socialistes, c'est que la conscience privée ne se suffit pas.
» Il ne fallait pas la supprimer, il fallait la compléter.
» L'évolution même de la notion d'entreprise s'y prêtait, puisque celle-ci est d'abord une institution, un acte, ensuite elle est un fait, elle est constituée.
» L'institution est privée, mais son fonctionnement peut être public.
» Dès lors une conscience publique de l'entreprise est possible, au niveau de l'entreprise elle-même et non pas au niveau national. »