Troisième partie, ch. 2
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CHAPITRE DEUXIEME — L'information ou l'action systématique pour le développement de la conscience de l'entreprise
1. DE L'INFORMATION GENERALE A L'INFORMATION DANS L'ENTREPRISE
Sitôt que le mot « information » est prononcé quelque part, un journaliste s'y trouve pour répondre « Présent ». Et, en un sens, les hommes de la presse, de la radio, de la télévision n'ont pas tort de laisser hors de doute que l'information, c'est leur affaire. Sauf à préciser que seule une part réduite des communications qui émanent de ces divers moyens de s'adresser au public a pour intention d'informer. Cela même n'est pas discuté. Il y a l'heure des informations et seulement alors les informations entrent en scène.
Mais ce mot d'information jouit d'une grande faveur dans notre langue. Quand il s'est agi de traduire l'anglais communication pour désigner en cybernétique le sort complet d'un message, on a adopté en français, le mot « information ». Cette extension de l'usage du mot a pu renforcer la valeur que, subjectivement, on attribuait à la chose. Le journaliste a la certitude d'informer, non qu'il s'estime assuré d'une réception toujours satisfaisante de ses messages, mais parce que les messages qu'il émet se règlent sur le modèle désormais bien monté auquel tout spécialiste de la presse écrite ou parlée reconnaît un message d'information. L'accord règne même sur les rubriques. Si l'on vous annonce qu'une banque a été dévalisée, on vous informe d'un fait divers. Si l'on vous apprend qu'un ministre étranger a fait une déclaration, on vous informe d'un fait politique. Le journaliste cesse d'informer quand il juge. Non qu'il n'y ait une presse d'opinion, mais elle n'est pas presse d'information : informer, c'est se borner à faire connaître des faits. Voilà comment les journalistes définissent d'un commun accord l'information telle qu'ils la produisent.
Plus hésitant est le savoir commun concernant le sens primitif du terme. Beaucoup croient que celui-ci n'avait d'abord qu'un sens juridique. Ce sens existe. Mais, dans le vocabulaire de Froissart, au XVe siècle, informer signifiait renseigner et cette signification se confond avec l'acception actuelle.
Spécialisé du langage courant à la presse et à l'informatique, le mot gagne d'autres sphères. Sitôt qu'on a songé à parler au personnel dans les entreprises, on a employé ces termes d'informer et d'information. A présent, on se préoccupe aussi d'informer les actionnaires des sociétés.
[p. 116] D'avoir recours à un seul mot pour désigner tant de choses diverses ne va pas sans des inconvénients qui ne sont pas toujours négligeables. Sans compter d'étranges paradoxes qu'un vocabulaire plus varié rendrait moins étonnants.
Ainsi, l'on pourra soutenir que, dans la presse où la présence de l'information, et même de la surinformation, est matériellement évidente, il n'y a précisément pas d'information. A l'inverse, dans la plupart des entreprises, l'information est à créer. Mais ce serait une information véritable, qui pourrait même servir d'exemple à une information générale telle que la souhaiterait un public exigeant.
Quand nous disons que, dans les entreprises, l'information est à créer, cela ne signifie point qu'il n'existe pas, désormais, une activité nouvelle consistant, précisément, à informer le personnel. Cette activité existe, parce que toute la doctrine et tous les principes techniques en sont établis. Elle existe parce que cette doctrine et ces principes n'ont rien de théorique. Ils ont été élaborés au cours de nombreuses expériences et, ayant dépassé depuis plusieurs années le stade expérimental, ils sont régulièrement appliqués dans la plupart des entreprises où le personnel est intéressé par une prime d'entreprise. C'est précisément parce que seul l'Institut Technique des Salaires pratique une telle information que celle-ci se trouve encore à créer. On ne pourra pas affirmer son existence tant qu'elle ne sera pas entrée dans les mœurs de la plupart des entreprises. Pour l'instant, non seulement elle n'est pas pratiquée mais elle demeure une réalité ignorée des économistes comme des chefs d'entreprise ou des divers syndicats du personnel. Si vous invitez les uns ou les autres à s'exprimer au sujet de l'information, ils parleront au mieux de la participation sous forme d'intéressement matériel.
La législation qui prescrit les droits des comités d'entreprise à recevoir tels ou tels renseignements et, surtout, la mise en œuvre de ces droits ne semblent pas non plus avoir beaucoup retenu leur attention. On se trouve là devant un terrain vierge dont l'exploitation commence à peine. En laissant de côté tout ce qui a trait au comité d'entreprise, nous n'examinerons que l'information qui accompagne l'institution des primes d'entreprise, parce qu'elle dépend d'un corps complet de doctrine et de pratique, ayant son sens propre et ses impératifs.
Ce vide mental qui, précisément, entoure le fait de l'information du personnel, nous engage à une précaution de méthode qui nous semble devoir être recommandée quand les choses en sont, du moins subjectivement, à leurs débuts. Il faut alors éviter de poser des questions qui se révèlent vaines parce qu'elles ne portent que sur des hypothèses irréelles. Ainsi : « Peut-on parler d'un droit à l'information ? - Un tel droit existe dans la législation concernant les comités d'entreprise. Mais peut-on parler de l'information d'un comité d'entreprise comme on parle de l'information du personnel qui reçoit une prime d'entreprise ? Or, dans ce deuxième cas, ‘le droit à l'information n'existe pas. On peut certes inventer un nouveau droit naturel ou idéal, comme on voudra l'appeler, et décider qu'avant toute législation positive, le personnel possède déjà un tel droit ou que, si la direction se met à informer son personnel, c'est qu'elle lui reconnaît enfin un droit. Mais rien de tel n'apparaît dans la doctrine de l'Institut Technique des Salaires concernant l'information qui est pratiquée par ses soins dans les entreprises.
Supposons que l'on demande maintenant: « L'information du personnel ne conduit-elle pas à mettre en cause l'autorité patronale ? » Cette question traduit [p. 117] seulement une inquiétude, explique des réticences. Mais elle porte sur une conséquence imprévisible en tant que simple fait. Elle conduirait surtout à suggérer, pour le style, la teneur, la structure de l'institution, des dispositions qui évitent telles conséquences redoutées.
Il semble donc qu'une étude de l'information dans l'entreprise, menée dans les conditions et circonstances actuelles, devra mettre l'accent sur les réalisations, leurs intentions et leur sens. Ce qui a de l'intérêt présentement, c'est ce qui se fait et ce qui se passe. Les perfectionnements possibles eux-mêmes, en tant qu'ils sont théoriques et généraux, ont moins d'intérêt que les aménagements précis surgis dans telle ou telle application. N'oublions pas, en effet, qu'il en est de l'information, comme de la prime elle-même. L'une et l'autre demandent une étude pour chaque entreprise. Certes, un petit nombre déterminé de principes et de techniques sont communs, mais aucun d'eux n'a surgi dans la tête d'un organisateur pour être plaqué sur la vie de l'entreprise. Par exemple, doit-on examiner à l'avance si l'information peut être octroyée, si elle doit être paritaire ? Dans certains cas, l'une ou l'autre de ces questions prendront beaucoup d'importance, dans d'autres, elles ne se poseront même pas. Jusqu'à ce jour, il ne semble pas qu'elles se soient posées. Mais l'extension de l'information et la rencontre de cette institution avec certaines habitudes mentales pourront conduire à discussions et il n'est d'ailleurs pas dit qu'on ne découvrira pas ensemble que, par sa nouveauté même, l'esprit de l'institution renvoie au passé telles habitudes mentales. Mais tout cela n'est que théorique et, par suite, sans intérêt actuel. D'ailleurs, l'élaboration en commun des règles de l'information dans une entreprise, étant ce qu'il y a de préférable parce qu'elle associe aux diverses décisions les intéressés eux-mêmes, rend impossible toute décision générale qui, comme une idéologie, aurait été produite par la pensée isolée d'un doctrinaire. Il n'en est d'ailleurs que plus nécessaire de posséder des principes et des techniques de base nés d'une réflexion suivie sur un nombre suffisant d'expériences.
Si, en lisant un exposé sur l'information telle qu'elle est observable dans son état présent, un lecteur épris de perfection demande : « Pourquoi n'y a-t-il pas, dans l'entreprise, plusieurs sources et circuits d'information (information directoriale, information syndicale) ? », je crois qu'on devrait répondre : « Parce que la question ne s'est pas encore posée dans aucune des entreprises où la méthode se trouve en usage. » Il n'empêche que les souhaits et les théories stimulent l'invention et peuvent donc aboutir à des idées fructueuses. Mais l'invention est encore davantage stimulée par les difficultés pratiques naissant à foison des relations complexes et changeantes entre tant d'hommes différents qui s'emploient à une œuvre commune dont l'intérêt, aux yeux de tous, prédomine. La simple rencontre de ces deux choses, l'entreprise d'une part, l'information d'autre part, est de nature à engendrer plus de réalisations imprévues, plus de perfectionnements nécessaires, plus d'idées nouvelles que toute la bonne volonté des théoriciens.
Ici on propose une attitude dans la tradition d'Henri de Saint-Simon et de Claude Bernard, l'expérimentation : les sciences sociales se vivent et sont vivantes : tout y est toujours à revoir, à refaire. La vie ne se déroule pas selon une théorie mais selon des réalités.
[p. 118] Parce que le mot « information » s'est appliqué d'abord à tout acte de renseignement ou à tout renseignement, puis à l'activité de la presse écrite ou parlée en tant qu'elle se proposait de renseigner le public, on tend à croire que l'information, qui existait déjà en dehors des entreprises, va maintenant être introduite dans les entreprises. Et que l'information du personnel, c'est cela. Il constituerait un public spécialisé auquel on apporterait ce qu'il n'a pas encore : une information spéciale, comme il reçoit, par les organes de la presse, une information générale.
Mais existe-t-il une information en dehors des entreprises ? Pour le savoir considérons la source de l'information, qui est l'événement.
Les hommes vivent en commun toutes sortes d'événements. De certains ils sont les témoins directs. Mais ils participent aussi à des événements auxquels ils n'assistent pas directement. Dans la catégorie des événements privés, dont on ne parlerait pas dans les journaux, des personnes qui dînent ensemble dans un restaurant vivent en commun ce dîner qui est un événement. Elles en sont les témoins directs. En tant que membres de la famille plusieurs personnes peuvent vivre en commun les fiançailles de deux jeunes gens ; certaines d'entre elles sont présentes, d'autres envoient leurs vœux, d'autres l'apprennent. Tous participent à l'événement, mais quelques-uns seulement en témoins directs et même en acteurs de plus ou moins premier plan.
L'information diffuse la nouvelle d'événements qui intéressent le public. La structure en est identique à celle des événements non diffusés. Ainsi, l'inauguration d'une nouvelle ligne de métro, des tractations commerciales entre deux Etats.
Ce qui est annoncé est ce qu'on suppose encore non su, inconnu. Et, pourtant, la source originelle de l'acte d'informer n'est peut-être pas l'intention de donner une nouvelle. On ne pourrait même pas avoir l'idée d'annoncer si, auparavant, on n'était capable de commenter. Les hommes, en effet, ajoutent spontanément des commentaires à ce qui se passe. Et ces commentaires sont souvent oiseux, comme les observations sur le temps, ou des propos qui doublent le fait, comme: « On n'avance pas » dans un embouteillage. Tous les témoins le constatent et beaucoup se taisent. Mais quelqu'un parle et dit ce que tout le monde sait. De même : « Il pleut », « Il fait froid », etc. Quand une nouvelle qui intéresse beaucoup de personnes et qui peut paraître importante a été annoncée par la presse, elle se trouve abondamment commentée. Tout en sachant que les autres savent, on ne se prive pas de le leur redire et dans les termes mêmes de la dépêche. Mais commenter, c'est en outre ajouter toutes sortes de propos au texte central. Si nous regardons le contenu de tous ces discours, nous constatons encore leur caractère oiseux, car ils expriment ce qu'un grand nombre pense sans en rien dire. Un assassinat a été commis. Tous le savent, mais on se le répète. C'est un crime sadique, les commentaires le redisent mille fois. C'est un crime particulièrement horrible, même chose. Une victoire sportive a été remportée. Un renversement des alliances s'est produit brusquement... Un exploit de cosmonautes… Un sinistre. Le procédé est toujours le même.
L'intention d'apprendre à autrui ce qu'il est censé ignorer est donc précédée par la simple aptitude au commentaire plus ou moins oiseux. Car, après tout, on n'est jamais certain d'être le premier à savoir. Quand les journalistes publient les nouvelles, par exemple, ils sont conscients de ne rien apporter de nouveau, puisque [p. 119] la plupart ont déjà été entendues par radio ou télévision. Les agences qui recueillent ces nouvelles à l'origine existent en grand nombre et, en général, sauf cas tout à fait exceptionnel de faits à sensation, elles ne font pas de grands efforts pour devancer les concurrents.
Le commentaire n'a pour fonction ni d'enseigner ni de communiquer, à moins qu'on n'entende par « communiquer » le simple fait de causer, c'est-à-dire de parler ensemble. Le commentaire est le langage des événements, il consiste à dire le sens que nous donnons à l'événement. Ce sens peut être éprouvé sans être dit. On peut le dire pour soi tout seul et la plupart de nos pensées sont de cette nature, on se raconte sa vie en la vivant. Les bavards en font beaucoup profiter leur entourage ou même, en écrivant, les absents. Comme l'événement est toujours commun, l'échange de commentaires est chose quotidienne et courante.
Le commentaire n'a pas de destination, il n'est pas fait pour quelqu'un, ce qui explique que l'on puisse parler à tort et à travers et que l'on n'ait même pas à se préoccuper d'une bonne réception matérielle ou intellectuelle. On peut ne pas se soucier d'être compris et si l'on souhaite être approuvé, c'est plutôt parce que l'événement doit avoir un « sens commun » ; l'accord ne dépend pas d'une communication mais d'une participation vécue.
Supposons, au contraire, que nous voulions communiquer, le cas est tout différent. Il y a ici deux sortes de langages. Ou bien, on se trouve entre initiés, par exemple, des mathématiciens ou des théologiens de la même école. Ils emploient un langage que nous appellerons ésotérique. Chacun parle comme il parlerait pour lui-même et les autres le comprennent. C'est une sorte de commentaire de haute volée, un commentaire savant. Les profanes ne suivent pas. Si on veut leur donner une idée de la chose, on vulgarisera, on emploiera un langage exotérique. Le contenu et le sens du premier discours seront presque entièrement perdus. Voilà pourquoi « dire la vérité » est si difficile. Des auditeurs non préparés, même à une œuvre de vulgarisation, n'apprendront pas grand-chose.
Communiquer consiste à parler à quelqu'un pour arriver à un certain résultat, la communication a un caractère pratique. Ainsi, on obtient un plus grand nombre de ventes quand, répété un certain nombre de fois, un discours a diffusé des arguments publicitaires efficaces. Publicité, propagande, on peut se demander si l'information habituelle n'appartient pas à ce type de langage et au genre de la communication.
La presse écrite ou parlée, veut-elle nous « informer », c'est-à-dire nous apprendre quelque chose ? Si c'est là son but, il est manqué d'avance. Car les gens qui ont vraiment besoin d'être renseignés pour agir recourent à des méthodes qui ne sont pas du tout à la portée du public de la presse.
Il faut laisser au journaliste que, par son langage, il est de plain-pied avec le lecteur. C'est même là un fait assez remarquable. Même des intellectuels finissent par s'exprimer dans le langage des journalistes. On reconnaît des lecteurs du « Canard enchaîné » ou des lecteurs de la presse politique. En fait, ce qui sert de modèle inconsciemment suivi, c'est le style du journaliste. Donc ce n'est pas à ce niveau que se situe la non-compréhension. Il semble plutôt que ses causes essentielles soient :
[p. 120] a) le décousu de l'information soit telle qu'elle est émise, soit telle qu'elle est reçue.
1. Ce qui est communiqué est une poussière de faits et s'il arrive qu'on évoque des informations passées pour redonner un fil aux événements, la plupart du temps, chacun fait irruption isolément.
2. Les rubriques, même très délimitées (par exemple, celles qui suivent une certaine situation ou groupent les événements d'un pays déterminé) ne remédient pas au décousu. « Les liens ne peuvent se trouver que dans certains faits passés ou présents souvent ignorés du lecteur comme du journaliste. Si celui-ci les connaît et les livre, il fait plus qu'informer, il commente déjà, il interprète.
3. Les faits utiles figurent peut-être dans ce même numéro du journal à une autre rubrique. Ou, ils ont été annoncés il y a plus ou moins longtemps.
Le lecteur les a-t-il reçus ? S'en souvient-il ? Remarque-t-il qu'il y a un lien ? Ou lit-il la nouvelle actuelle qui l'éclairerait ?
Donc ce qui est décousu à l'émission l'est encore bien davantage à la réception.
b) Précisément, le lecteur est incapable de se livrer à des opérations d'analyse qui sont le fait de spécialistes. Un journaliste de son côté, n'est pas nécessairement un analyste. De toute façon si l'on accepte ses interprétations et commentaires, on s'éloigne déjà de l'information pour entrer dans le domaine de l'opinion. Un service d'analyse destiné à renseigner réellement comporte pour ceux qui l'utilisent la certitude d'une objectivité aussi parfaite que possible.
c) Pour que le lecteur puisse utiliser déjà le peu de nouvelles qu'il reçoit, il faudrait qu'il passe du temps à les recueillir de plusieurs sources et à les classer. Rien que le principe du classement est déjà difficile à imaginer. La tenue de telles fiches est une longue patience. C'est une activité spéciale qui s'ajouterait aux autres occupations. Tous n'en ont ni le goût, ni le loisir, ni la compétence. Et, il ne peut se fier à d'autres (autrement que par sympathie politique ou par un acte de confiance motivé à la légère) pour ces travaux, bases d'analyses et de commentaires.
d) Bien des faits échappent aux journalistes comme au public, soit par accident, soit parce qu'ils n'ont pas été communiqués. Et, ils ne l'ont pas été soit par négligence, ignorance, soit volontairement par une discrétion obligatoire. Le secret est un élément de la politique et de l'action en général. On ne peut ni tout dire, ni tout publier. C'est souvent ce que l'on ne dit pas qui est le plus important.
Un homme de gouvernement s'arrange pour être informé réellement (services de renseignements, analyses, sondages d'opinion, etc.). Cette information est secrète.
Une revendication inexprimée mais toujours latente dans une démocratie est l'information du peuple. Or, tenu au secret par les nécessités de l'action et [p. 121] désirant obtenir certaines conduites chez les gouvernés, la tentation permanente du politique sera de substituer à l'information la propagande. Car les hommes agissent selon ce qu'ils croient savoir.
Voilà où l'on saisit bien le sens de communiquer. Un communiqué de guerre n'a pas l'intention d'informer mais, par exemple, de soutenir le moral. La plupart du temps il dissimule l'essentiel. Il ne s'agit bien que de langage pratique : on veut, s'adressant à quelqu'un, produire en lui certains sentiments, déterminer certains actes.
Un journal peut masquer un travail très savant de manipulation de l'opinion sous les apparences mêmes de l'objectivité. Information et commentaires concourent à l'imposer comme un journal sérieux dont on est fier d'être le lecteur.
Ces quelques notations permettent de dire que réclamer le droit à l'information dans l'entreprise, c'est demander une nouveauté absolue, car on n'a nulle part de véritable information. Même tel hebdomadaire dont j'estime qu'il me renseigne réellement, portant une couleur politique qui est la mienne, est en partie un journal d'opinion et je l'accueille à cause de cet accord, mais ma confiance dans la qualité de son information en souffre bientôt.
2. CREATION DE LA VERITABLE INFORMATION DANS LES ENTREPRISES
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Donc, il ne s'agit pas de transférer dans l'entreprise ce qui existerait en politique ou en publicité. Mais il faut créer une nouvelle chose : LA VERITABLE INFORMATION. Sans quoi tous les vices et caractères de la fausse information du public se transporteraient dans l'entreprise et cela ne vaudrait pas mieux dans l'entreprise qu'à l'extérieur.
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D'abord, dans l'entreprise, il y a des événements vécus en commun (à preuve téléphone arabe, bruits), c'est comme dans la vie en général.
On vit des faits, on les commente : tracts, notes de direction ou de service, etc., tout cela existe, mais sans cohérence, comme c'est le cas à l'extérieur de l'entreprise.
Il y a l'arrangement des nouvelles, l'impossibilité de publier certaines choses et, en somme, le secret.
- Toutefois, le cas de l'entreprise est spécial.
Dans l'entreprise, il n'y a pas que des événements vécus, il y a des actes ; dans la vie, en général, ont lieu des actions privées et, en outre, si l'Etat agit, il rend compte forcément de cette action publique, puisque le pouvoir appartient à l'électeur.
L'électeur a le droit de savoir puisqu'il commande, du moins dans la fiction de la démocratie, où le gouvernement est mandaté par des citoyens comme un conseil d'administration par l'assemblée des actionnaires.
[p. 122] 4. L'information qui devrait exister (et n'existe pas) serait de savoir ce qui est décidé et pourquoi, c'est-à-dire le sens des actions gouvernementales.
Rarement un journal donne d'une façon satisfaisante le sens officiel des actions publiques et pourtant les citoyens devraient en être informés.
Dans l'entreprise aussi il y a des actes, mais ici les rapports ne sont pas les mêmes.
Que l'entreprise soit publique ou privée, l'acte d'entreprendre provient de l'initiative, non des salariés, mais de l'entrepreneur (différence avec l'Etat et les électeurs où la situation est inverse).
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L'entrepreneur n'émane pas du personnel, c'est l'inverse : s'il n'y a pas d'entreprise il n'y a pas d'emploi : le personnel dépend de l'entreprise et non l'entreprise du personnel, c'est une dépendance de fait et non pas seulement juridique.
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L'entreprise reste une initiative, tout au long de sa vie ; elle est un acte qui se continue : on s'imagine qu'une fois que l'entreprise existe, cela va tout seul : c'est faux. L'acte d'entreprendre doit se poursuivre, indépendamment du statut de la propriété : entreprise nationale, municipale, société privée.
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Dans les réalisations de l'entreprise, l'action est commune ; au contraire, pour les affaires publiques, le citoyen a chargé l'administration de travailler pour lui et lui-même vaque à ses propres occupations.
La communauté d'action dans l'entreprise fait que la bonne marche repose sur l'information : on fait mieux quand on sait pourquoi.
A une certaine époque, on disait que l'ouvrier n'avait pas besoin de comprendre, cela est dépassé. Dans l'organisation moderne, les gens veulent comprendre pour bien agir.
Ce n'est pas un problème de droit, mais d'efficience.
- Or, ceux qui travaillent sont sensibles à l'absurdité. Ils sont économes de leur effort, ne veulent pas accomplir des gestes inutiles ; ils sont opposés au gaspillage. L'action à laquelle on les appelle doit être rationnelle.
En cela, la mentalité dans les entreprises est une mentalité « classique ». Elle est rationaliste et, dans ce sens, elle n'est pas « à la page » car, actuellement, les intellectuels tendent à l'irrationnel (violence, stupéfiants, génie par magie, « Planète », science-fiction, goût de l'érotisme).
L'exigence économique de rationalité va à l'encontre de l'irrationnel des milieux universitaires et prétendus culturels.
- L'information va se situer dans une perspective rationaliste. On s'aperçoit que l'information est revendiquée plus âprement au moment des fusions, de la récession, du manque d'emploi. Pourquoi ? Parce que l'on pense qu'il y a là des inconvénients qui pourraient être évités. Si on avait informé les intéressés, peut-être auraient-ils aidé à trouver des remèdes.
On fait donc intervenir ici :
a) une attitude rationnelle : réfléchir à plusieurs sur une question ;
b) l'idée d'intérêt : si on est intéressé à une difficulté, on a des chances de la mieux résoudre.
[p. 123] Cela suppose une information régulière.
- C'est parce qu'il y a une activité commune que la nécessité de l'information se fait sentir.
Or, cette bienfaisance de l'information et sa possibilité sont ignorées dans l'entreprise :
a) la direction répugne à informer ; elle craint de compromettre son autorité, sa libre détermination et le secret des affaires ;
b) surtout, direction et personnel ignorent qu'il existe une technique de connaissance de la marche de l'entreprise reposant essentiellement sur la mesure de ce qui se passe.
- D'où deux actions :
— montrer l'existence des moyens d'informer ;
— montrer la nécessité d'informer.
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En ce qui concerne les moyens d'informer, ils consistent à délimiter le domaine qui intéresse proprement l'exploitation des moyens de production, c'est-à-dire l'activité commune ou le sort commun. C'est un domaine où il n'est porté aucune atteinte au secret des affaires.
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Dans ce domaine, on a des moyens précis de mesure. On peut faire tout ce que la presse ne peut pas faire, et cela est nouveau et n'existe nulle part.
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On ne donne pas un puzzle de nouvelles. On communique des faits élaborés, incontestables, objectifs, et qui ne sont pas commentés selon une opinion.
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Quand on parle de droit à l'information dans l'entreprise comme s'il s'agissait de la faire entrer de l'extérieur, nous disons « non ». Si on la fait surgir de l'entreprise et déborder vers l'extérieur, on crée vraiment du nouveau car la chose n'existe encore nulle part.
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On s'adresse à des personnes douées d'intelligence et actives ; par l'information, on leur montre que leurs actions ont un sens :
a) l'information dans l'entreprise est ainsi définie entièrement étrangère aux opérations effectuées par un ordinateur sur les hypothèses de gestion : l'information du personnel n'a rien à voir avec l'informatique ;
b) par l'information, on libère l'esprit de toutes les idées fausses qui lui sont journellement suggérées à propos des réalités économiques.
S'il est déplorable de voir des intellectuels cultiver le contresens le plus complet sur le travail, sur l'industrie et sur la technique, un tel contresens chez les producteurs devient une perversion qui leur rend la vie impossible.
L'information dans l'entreprise libère les producteurs du mensonge et de l'illusion.
Mensonge et illusion ne seront dissipés à coup sûr que si le producteur dans sa vie de producteur réfléchit, pense en lui.
[p. 124] S'il brise justement ce carcan de l'information générale (presse, radio, télé) qui n'est que propagande pour le déterminer en dehors de sa volonté propre et de sa réflexion personnelle, intime. L'information n'a de sens que si elle sert cet épanouissement de la vie intérieure.
« On dirait, dit M. Muller (C.G.S. St-Amarin, Haut-Rhin) que ceux qui veulent changer les rapports humains commencent par rendre impossible toute vie intérieure.
» La vraie vie pour eux est toute en mascarade ! »
L'information dans l'entreprise doit être cet appel à la vie intérieure : vie intérieure qui fait à la fois l'homme et le citoyen libre.
3. LES PRINCIPES DE L'INFORMATION DANS L'ENTREPRISE
On peut certes concevoir qu'un calcul industriel ait lieu sans partage. On peut même envisager d'informer le personnel d'après ce calcul, sans pour cela lui verser une prime d'entreprise. Cette conduite n'a rien d'absurde pour qui sait que le progrès technique profite en définitive aux salariés sous forme de baisse des prix réels et de hausse des salaires réels. Et il vaut mieux informer le personnel sans prime que de le laisser dans l'ignorance des résultats collectifs de son travail. La conscience de l'entreprise par elle-même est un bien. Mais, dans une information sans prime, cette conscience demeure plus contemplative et désintéressée que dans une information avec prime. Une participation matérielle est pour chacun une preuve palpable qu'il a été pour quelque chose dans le résultat. Elle le rend plus aisément attentif à l'information. J'étudierai donc exclusivement l'information avec partage, me bornant à dire quelques mots des autres cas qui se présenteraient.
La direction prend l'initiative de rompre le silence. Elle affirme ses intentions. Elle tend à créer une conscience d'entreprise. Les communications dans l'entreprise sont enrichies et perfectionnées. Un sens est donné aux progrès techniques internes et à l'activité quotidienne. Le problème qui se pose est celui de la séparation entre la conception et l'exécution dans l'organisation des activités. Pour le résoudre, on s'efforce d'expliquer.
Les cadres des plus hauts échelons ou les techniciens croient que les exécutants savent et comprennent. Or, il n'en est rien si on ne leur explique pas ; donner une explication et même la répéter sont des nécessités qui ne sont pas encore aperçues. Les idées, les intentions, les motifs demeurent des oiseaux en cage. En les libérant, on rendra l'activité générale plus efficace.
On oublie trop qu'une exécution peut être plus ou moins intelligente, lorsque celui qui exécute est un homme. Le fait que l'homme pense peut suggérer l'idée d'utiliser sa pensée comme un moyen de perfectionner l'exécution. L'exécutant peut penser, utilisons cette faculté. Pour cela, il faut non seulement lui dire clairement mais, autant que possible, lui expliquer ce qu'il doit faire, c'est-à-dire lui en donner les raisons et les conséquences.
[p. 125] Par conséquent, il ne faut pas croire qu'il y a deux sortes d'informations dans l'entreprise ; l'une, consistant à expliquer des ordres et des façons de faire, donc d'un intérêt direct et terre à terre ; l'autre consistant en une vue plus large de la marche de l'exploitation, à l'occasion du commentaire des résultats de celle-ci. Autrement dit, d'un côté, la routine, de l'autre, une cérémonie, sans qu'il y ait de lien entre les deux.
Les explications terre à terre, pour que le travail se fasse, et quand elles sont données, touchent directement les individus de base ; les informations sur la marche de l'entreprise sont adressées à la représentation du personnel et aux cadres, et l'on ignore jusqu'à quel point ces personnes diffuseront ces informations dans la masse du public de l'entreprise. Il faut donc prendre comme l'un des principes de l'information que les explications de routine et l'information sur les résultats sont liées parce que les explications pour bien exécuter un travail ne sont claires que si elles évoquent la portée et le sens de ce travail pour l'ensemble de l'activité de l'entreprise. A cette occasion, les individus de base pourront recevoir les informations concernant la marche générale de l'entreprise.
Informer, c'est faire connaître au public de l'entreprise les conséquences de ses actions. L'entreprise est un organisme vivant en lutte permanente, c'est un groupe d'hommes que distinguent : le désir des uns de faire du profit, la soumission des autres à la nécessité de gagner leur vie, l'indifférence des autres encore qui sont là sans se demander pourquoi. Les premiers sont les avides, les seconds les soumis, les troisièmes les amorphes. Ce groupe agira bien sûr, mais comme une troupe qui, à cause de son manque d'unité, ne voit pas pourquoi elle doit se battre.
L'information consiste pour la direction à définir, à préciser, à communiquer ses buts et sa politique. Elle va obliger ensuite les cadres à travailler dans le sens de ces buts et à les expliquer. La masse du personnel ressentira qu'il y a une fin, une raison aux gestes qui lui sont demandés. Elle comprendra que, dans l'entreprise, le drame est permanent, c'est-à-dire que l'action est sans cesse présente. Informer le personnel, c'est lui faire comprendre le drame quotidien de l'entreprise. Participant à ce drame quotidien, le personnel peut sentir qu'il est pour quelque chose dans le résultat, et sa participation à ce résultat sous forme de prime d'entreprise devient toute naturelle.
Nous pouvons définir ainsi l'acte d'informer : informer, c'est porter à la connaissance d'un ensemble plus ou moins important de personnes des faits qui expliquent pourquoi leur participation à un résultat de prime d'entreprise a varié dans un sens favorable ou défavorable.
Le mot « information » est général et vague. Il importe de le définir. On délimite donc volontairement le sens de ce mot, pour ne pas confondre l'information sur la prime d'entreprise avec l'information générale qui pourrait être donnée en dehors du cadre de la prime sur la marche des affaires, ou avec l'information technique, ou encore avec l'information comptable du contrôle budgétaire. On veut éviter ainsi que s'aggrave la confusion souvent observée entre les notions d' « information », d' « éducation », d' « enseignement » ou de « formation ».
Dès lors, l'information n'est pas la transposition, dans l'entreprise, d'une activité d'ordre général, spécialement intellectuelle. On a transposé dans l'entreprise les sports, les beaux-arts, la philatélie, puis la presse, la photo, le cinéma. On a cru, [p. 126] par cette pénétration d'activités étrangères à la vie industrielle, éveiller l'intérêt du salarié au travail. Mais ce faisant, on a détourné l'attention des producteurs vers l'extérieur de l'entreprise, comme si celle-ci, par elle-même, était sans intérêt. On a fait regarder au dehors, alors que le vrai problème est de regarder au dedans, de tourner son attention vers la vie quotidienne du travail. On a ensuite voulu amener l'Université dans l'entreprise, et l'on y a donné des cours de culture sociale ou économique, ou même de culture générale. Mais rien de tout cela n'est informer au sens proposé ici. Informer, ce n'est pas non plus faire de la formation professionnelle, ou avoir une presse d'entreprise, si bien conçue qu'elle soit. Informer, ce n'est pas dispenser un enseignement imité de l'enseignement scolaire.
Et, si une formation économique intervient, son but est grâce à une méthode appropriée d'initier les cadres, les agents de maîtrise et éventuellement la représentation du personnel, aux mécanismes fondamentaux de l'économie tels que la productivité, la rentabilité, l'échange. Mais ces sujets économiques sont traités en liaison avec l'activité de l'entreprise et ses problèmes vitaux. Ces cours de formation économique ne sont pas de simples exposés magistraux : les auditeurs y ont la faculté de s'exprimer librement. La formation économique n'a pas pour but de remplacer l'enseignement secondaire ou supérieur. Elle demeure un moyen de faire réfléchir le personnel aux problèmes qui commandent la vie de l'entreprise.
Sous cette forme nouvelle, l'information est absente dans la plupart des entreprises : les directions n'en voient ni la nécessité ni même l'utilité, et par suite n'envisagent pas d'en faire les frais. Une étude de la question leur fera admettre, au contraire, que l'information est une dépense nécessaire et rentable qui doit avoir un caractère permanent.
4. LES ORGANES DE L'INFORMATION DANS L'ENTREPRISE
Dans une entreprise où a été instituée une prime d'entreprise, l'information comprend deux parties : vérification et commentaire.
L'organe de la vérification est une commission d'étude dans la période d'étude technique en vue de l'institution. Cette commission est tenue au courant des développements de l'étude, elle reçoit tous les rapports techniques.
L'organe de la vérification est une commission de prime dans la période d'application, c'est-à-dire de fonctionnement de l'institution. Dans la généralité des cas, cette commission émane du comité d'entreprise.
Exceptionnellement, elle est composée sur l'initiative de la direction. En outre, il peut y avoir des correspondants de la prime dans chaque atelier et service. Ils préparent les commentaires qui sont soumis à l'approbation de la commission de la prime. La composition de la commission de prime, son fonctionnement, les documents qu'elle peut contrôler sont nettement définis dans le règlement ou la convention.
Il peut exister aussi des réunions périodiques de la direction et des cadres formant comité directeur, et se constituant en commission d'étude de la prime, ou des réunions périodiques de cadres institutionalisées dans l'entreprise, en vue de vérifier le fonctionnement de la prime.
[p. 127] En résumé, la vérification peut être confiée, soit à un organe autonome, représentatif de toutes les catégories de personnel, soit à un organe déjà existant : comité de direction, comité d'entreprise, soit à des individualités (correspondants de prime, experts-comptables, commissaires aux comptes). La commission de prime n'est jamais concurrente du comité d'entreprise : ou elle en émane, ou elle en est agréée.
Le commentaire est différent selon l'importance des effectifs, la densité de l'encadrement, les publics de l'entreprise. Le commentaire se diffuse à des niveaux différents (direction, cadres, maîtrise, ouvriers qualifiés, ouvriers non qualifiés). Cette diversité des situations impose l'emploi de moyens variables.
Dans la communication du contenu de l'information, il faut choisir entre deux voies et se tenir à ce choix : voie hiérarchique ou voie par catégorie (catégorielle). La voie hiérarchique exige que l'encadrement enseigne à tous les degrés. La voie catégorielle fait que les cadres sont informés par un cadre, la maîtrise par un agent de maîtrise, les employés ou ouvriers par un employé ou un ouvrier. La voie catégorielle est la plus pénétrante, et elle n'est praticable que si les organisations syndicales sont coopératrices.
5. LES INSTRUMENTS DE L'INFORMATION DANS L'ENTREPRISE
L'information est écrite ou orale. Elle est réalisée à l'aide de supports chiffrés, périodiquement mis à jour, et selon une méthode systématique. Son mécanisme peut être utilisé dans de multiples occasions. Lorsque le public que l'on veut atteindre est nombreux, l'information écrite est préférable. Apparaissent alors des problèmes de rédaction et de présentation des documents à diffuser.
Si le principe de l'information orale est retenu, il faut recourir : à la formation des cadres qui devront faire des exposés préparés suivant un plan défini et à l'exposé par petits groupes. Dans ce domaine, existent désormais des méthodes précises et éprouvées.
Les documents fondamentaux de la vérification de la prime d'entreprise reçus par la commission de prime sont : une notice technique qui contient les règles selon lesquelles on a fait le calcul, un cahier de calcul, une tabelle, des statistiques. Le cahier de calcul peut avoir de cinq à vingt-cinq pages de chiffres sous forme de tableaux. La tabelle est un document de format dossier qui donne les chiffres essentiels menant au calcul du taux de prime. Les statistiques des commissaires sont des tableaux chiffrés (21x27) se rapportant à un élément du calcul. I! y a autant de tableaux statistiques que d'éléments de calcul : personnel, fournitures, etc., ou secteur A, secteur B, etc. Chacun suit un élément et tient, pour lui-même, sa statistique à jour, d'après le cahier de calcul, dès qu'il paraît. A la réunion de la commission, chaque commissaire expose les constatations faites dans son domaine d'observation. Donc, chacun parle. Cette commission tient le rôle effectif d'un organisme de vérification des comptes et de gardienne de la réglementation.
Dans l'information, tous les moyens doivent avoir une marque distincte qui permet de les repérer visuellement de façon instantanée. Ces moyens sont des [p. 128] affiches, des dépliants, des feuilletons, des convocations aux réunions, des comptes rendus des commissions. La marque peut être la couleur du papier ou de l'impression, ou le blason de l'entreprise.
6. LE CONTENU DE L'INFORMATION DANS L'ENTREPRISE
A une date précise, le résultat sort des services comptables sous la forme d'un cahier contenant tous les calculs. La sortie de ce résultat, simple geste administratif, déclenche toute une série d'actions pratiques dont le support matériel est le cahier de calcul.
a) Diffusion du cahier de calcul à la direction et aux cadres supérieurs, aux autres cadres, à la maîtrise, aux membres de la commission de prime.
b) Travail individuel sur ce cahier de calcul. Ce travail a été d'abord organisé. La structure du cahier de calcul a été expliquée à chacun de ceux qui le reçoivent. Chaque destinataire du cahier n'y prend que ce qui le concerne. C'est à ce stade que sont préparées les réunions.
La direction examine la structure du résultat d'ensemble, les cadres supérieurs examinent les résultats de leurs dicastères, les autres cadres ceux de leurs zones de gestion et les agents de maîtrise examinent ceux de leurs ateliers respectifs.
Les membres de la commission de prime examinent chacun pour son compte une partie du cahier. Cet examen consiste à porter sur des tableaux statistiques appropriés à chaque cas les chiffres de chaque résultat. On a ainsi sous les yeux : le dernier résultat et la succession des résultats précédents, afin de juger pour une période donnée et de juger aussi dans la suite du temps. En effet, pour l'entreprise, la donnée purement présente n'a qu'un intérêt mineur, car vivre c'est surtout durer.
Aussi la notion de tendance est-elle apprise à tous.
Ici, intervient la technique de l'information : le triage des chiffres à faire examiner (également, tous apprennent à cette occasion la notion d'ordre de grandeur et d'importance de ces ordres de grandeur) et une présentation lisible. C'est là un travail de spécialistes, car l'attitude partout constatée est la surcharge en chiffres et le manque d'aération des tableaux. On en arrive à ce paradoxe de rendre mystérieuses des choses évidentes à force d'entasser des chiffres. L'esprit « Annuaire des chemins de fer » est à proscrire.
c) Réunions après le travail individuel sur le cahier de calcul.
Aucune réunion n'est tenue sans être suivie d'un compte rendu. A l'échelon de la direction, il faut un compte rendu bref, fondé sur des objectifs et des consignes diffusés aux cadres. A l'échelon des cadres, les comptes rendus sont plus détaillés. Ils contiennent des arguments qui expliquent les résultats, car la maîtrise posera des questions. A l'échelon de la maîtrise, ce sont des comptes rendus simples et des consignes concernant le travail. S'il y a un sujet de préoccupation d'ordre général, il doit être évoqué.
[p. 129] A la commission de la prime, on donne un compte rendu détaillé qui se contente de constater et d'expliquer. Le compte rendu rappelle toujours les pourcentages de prime acquis antérieurement. C'est une analyse objective des résultats, qui ne contient aucune revendication. On évoque les questions avec la froideur d'un rapport d'experts. De tous les comptes rendus, seul celui de la commission de la prime est affiché.
Concernant la technique des réunions, on veille à une disposition matérielle correcte de la salle où elles se tiennent. Ensuite, on emploie la méthode directe. Chacun expose devant ses collègues du groupe la synthèse des chiffres qu'il a étudiés et le texte de compte rendu de la réunion est élaboré en commun. C'est le seul moment où, dans la vie professionnelle, le cadre, l'agent de maîtrise prennent du recul par rapport à l'action quotidienne.
Alors se pose l'éternelle question : n'est-ce point du temps perdu ? Or, à la suite de chacune de ces réunions, une ou plusieurs difficultés en cours sont aplanies et résolues, du moins en partie. Pouvant en parler avec le collègue, on dit, on communique mieux, on obtient. On pallie par le contact humain et direct ce que l'on ne fait pas par manque de rigueur administrative. La conséquence est une discipline accrue volontairement, car on apprend les motifs des exigences d'autrui.
On passe enfin à l'information de la masse du personnel ; dès que celui-ci dépasse le chiffre de plusieurs dizaines, l'information écrite s'impose. On crée alors un bulletin d'information. D'où deux questions : peut-on tout dire ? Comment le dire ?
Tout dire n'est pas possible, soit parce que certaines choses sont nocives à divulguer, soit parce qu'il y a trop à dire : alors, on trie et l'on met en évidence ce qui est important. Quant à la façon de le dire, on l'éprouve en soumettant son texte à la lecture de quelques membres de la commission de prime et à des cadres dont le service est en cause. Enfin, la présentation matérielle de ce bulletin n'a pas moins d'importance que la rédaction. Sa présentation ne sera jamais luxueuse, mais toujours parfaitement soignée et sobre. Il ne présentera jamais des chiffres isolés sans les rattacher à un chiffre global, afin d'être « honnête » intellectuellement ou simplement clair.
Dans le contenu de l'information telle qu'elle vient d'être décrite, trois actions doivent être distinguées : faire savoir un fait, faire comprendre des relations entre les faits, répondre à des préoccupations (inquiétudes, faux bruits, etc.). Ces trois actions ne seront jamais mélangées, soit dans des textes, soit dans des exposés oraux.
Un schéma du contenu de l'information peut être donné sous forme de directive de la direction générale pour les commentaires périodiques des résultats d'un secteur d'activité ; car, s'il y a un seul taux de prime pour toute l'entreprise ou l'établissement, le résultat étant analytique peut donner lieu à des commentaires partiels.
Voici, par exemple, les quatre idées qui formeront le fond de cette note d'information de secteur :
— INFORMER, en annonçant, par exemple, l'arrivée d'un nouveau matériel ou la mise en vigueur d'une nouvelle méthode de travail et en donnant les raisons de cette innovation et ce qu'on doit en attendre. Elle peut [p. 130] également expliquer une décision prise récemment ou tout événement qui aurait pu ne pas être compris du personnel.
— CONSEILLER un effort sur un point particulier ou fixer un objectif concernant la qualité, le rendement, la sécurité, la propreté, etc.
— ENCOURAGER, en félicitant, par exemple, le personnel d'une amélioration constatée ou d'une difficulté surmontée grâce à un effort particulier de sa part.
— CORRIGER, en rappelant telle déficience du personnel et en expliquant les conséquences qu'elle peut avoir.
On peut aussi donner un schéma du contenu de l'information pour les cadres. Par exemple, si les cadres se plaignent de s'ignorer les uns les autres, on décide qu'à chaque réunion trimestrielle sur les résultats, un cadre exposera les problèmes de fonctionnement de son service. A la suite de ces exposés, la cohésion de l'encadrement s'améliore nettement.
Tout ce que je viens d'exposer sur les principes, les organes, les instruments et le contenu de l'information se trouve réalisé dans la pratique pour les entreprises intéressant leur personnel à la marche de l'exploitation.
[p. 131 — titre de partie]